Verbatim : Catherine Rivière, CEO, GENCI / Chair, PRACE
By   |  March 10, 2014

Curie à Bruyères le Châtel (CEA-TGCC).

Quels sont aujourd’hui les défis auxquels l’Europe doit faire face pour améliorer – voire maintenir – son positionnement dans le calcul intensif au niveau international ?

L’Europe du calcul, c’est une dynamique qui est amorcée avec des ambitions, des talents et des compétences assez exceptionnels dans les domaines de l’usage et du développement de logiciels. Installer une telle dynamique prend du temps et il faut maintenant la faire vivre et la développer. Le calcul intensif est une course mondiale dans laquelle se positionnent des acteurs historiques tels que les Etats-Unis et le Japon, mais aussi la Chine, la Russie ou l’Inde qui sont en passe de rattraper, voire qui ont déjà rattrapé pour certains, les premiers.

Pour l’Europe, PRACE a placé deux supercalculateurs dans les dix machines les plus puissantes du monde selon le dernier Top500 de novembre 2013. Il s’agit de Juqueen en 8ème place et de SuperMUC au 10ème rang. En termes de performance, 80 % des organismes publics européens de recherche sont dans PRACE. L’Europe suit la même pente d’augmentation de la puissance de calcul mais à un niveau sensiblement en deçà de celui des Etats-Unis. Nous devons trouver les moyens de nous mettre au même niveau d’investissements.

Dans la course à l’Exascale, l’Europe peut apparaître “éclatée” en comparaison des Etats-Unis ou de la Chine où les centres de calcul s’organisent d’ores et déjà pour atteindre cet objectif à la fin de la décennie. Au travers de son programme Horizon 2020, l’Europe ambitionne-t-elle de prendre le leadership ou doit-elle se résoudre à suivre ses concurrents ?

L’Europe n’est pas “suiveuse” ! Il a fallu seulement deux ans à PRACE pour réaliser sa feuille de route et les avancées mondiales obtenues sur ses moyens de calcul en font aujourd’hui un acteur reconnu du calcul intensif dans le monde. On a déjà évoqué l’allocation record accordée au Met Office, la plus grosse au monde en son temps, réalisée non pas aux Etats-Unis ni en Chine, mais en Europe. On peut citer également quelques réussites scientifiques exceptionnelles comme la modélisation de l’évolution de la structuration de tout l’Univers observable réalisée sur le supercalculateur Curie – c’est le projet DEUS – ou encore le développement de nouvelles méthodologies de crash test par Renault avec une allocation de 42 millions d’heures. De ce point de vue, les scientifiques européens font jeu égal avec leurs homologues du monde entier.

Mais la course à la puissance de calcul n’est pas le véritable enjeu. Le véritable enjeu est l’usage qu’on en fait. Disposer de calculateurs exaflopiques est, certes, un objectif important mais encore faut-il savoir les utiliser ! Il est indispensable de développer l’usage du calcul intensif, de former plus de spécialistes, de donner envie aux jeunes scientifiques d’aller vers ces technologies d’avenir.

PRACE ambitionne naturellement de se positionner dans la course à l’Exascale. L’Europe du calcul est en marche et nous sommes fiers d’avoir tenu nos engagements, d’avoir permis aux équipes européennes de renforcer leur compétitivité sur le plan scientifique international. C’est pourquoi le modèle de PRACE doit être pérennisé dans les années qui viennent.

Dans le même ordre d’idée, quels sont, selon vous, les atouts et faiblesses de l’Europe dans le HPC ?

On ne le soulignera jamais assez, l’Europe possède de très bons scientifiques, du savoir-faire et des compétences dans le domaine du calcul depuis de très nombreuses années. Ce sont là des atouts considérables ! Mais elle doit encore gagner en intégration, en efficacité et en réactivité pour se hisser au niveau des Etats-Unis ou de la Chine.

PRACE collabore avec XSEDE, son équivalent en quelque sorte aux Etats-Unis. Pouvez-vous en dire plus sur cette collaboration. Comment s’est-elle mise en place ? Quels en sont les objectifs et les résultats attendus ?

PRACE et XSEDE ont lancé une première collaboration autour du développement et du test d’outils afin d’évaluer et permettre l’interopérabilité entre les deux infrastructures de recherche. Un premier appel à projets a été lancé fin 2013 : nous avons reçu de très belles propositions que nous sommes en train d’évaluer.

PRACE envisage-t-il de monter des collaborations du même type avec la Chine ou d’autres pays grands acteurs internationaux ?

Nous avons naturellement des contacts réguliers avec nos homologues internationaux, américains, chinois ou japonais. Il est en effet important de comparer nos différentes pratiques.

Enfin, pour terminer, deux ans après l’installation de la machine Curie, quel sera le prochain “méga-système” mis à disposition de la communauté scientifique ? Avec quelles caractéristiques et à quelle échéance ?

Au niveau national, GENCI a entrepris de renouveler les moyens de calcul du Cines : l’appel d’offre est en cours.

Au niveau de PRACE, la puissance de SuperMUC sera doublée début 2015 pour passer de 3,2 à 6,4 Pflop/s, celle d’Hermit atteindra 4 Pflop/s à la fin de l’année et la configuration de MareNostrum évoluera courant 2015. Côté français, nous ciblons aujourd’hui 2017 pour choisir le successeur de Curie… Mais il est encore trop tôt pour en dire beaucoup plus.

Globalement, dans un contexte international particulièrement changeant où les acteurs se multiplient et où les calculateurs deviennent vite obsolètes en termes de puissance, nous devons tout faire pour inscrire le calcul intensif comme un élément fort de la politique scientifique, économique et sociale de l’Europe. C’est le sens de notre engagement tant au niveau national qu’européen.

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